Le chiot n'avait que
quelques mois lorsqu'on qu'on le trouva.
Séparée de sa mère accidentellement ou intentionnellement, la boule de
poils noirs s'était réfugiée sous une maison dans le quartier du centre-ville
de Kuujjuaq. Elle était en train de
mourir de froid lorsque l'occupante de la maison la découvrit. Transportée à l'intérieur, la petite chose affaiblie dormit 24 heures
durant.

Dans les jours qui
suivirent, pour éviter tout problème avec certains locaux à qui il arrive
parfois de soupçonner les qallunaaqs (non inuit) de vouloir voler leurs chiens,
la jeune femme fit diffuser une annonce sur les ondes de la radio communautaire
de Kuujjuaq. Le message circula et
quelques jours plus tard, les propriétaires se manifestèrent: oui, un chiot
correspondant à la description de la petite femelle manquait à l'appel. Non, on ne voulait pas la récupérer.
Possédant déjà des
chiens, celle qui avait accueilli la petite chienne pouvait difficilement
envisager d'adopter une bête supplémentaire.
C'est alors qu'elle décida de jouer un rôle qui aurait pu lui valoir un Oscar:
celui d'entremetteuse.
La petite chienne
noire reprenait des forces lorsque la jeune femme invita des amis chez
elle. Avec escient, elle convia Frank à
se joindre au groupe. Le casting était
parfait: elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il aimait les bêtes et
qu'il serait préoccupé par le sort du chiot.
Il ne restait qu'à peaufiner la mise en scène.
Frank, un amoureux des
animaux, est établi au Nord depuis plus de 5 ans. Après avoir passé 1 année à Iqaluit, il accepta un poste de gestionnaire à
Kuujjuaq où il vit depuis 2007. Au fil des ans, il a appris à connaître les Inuits. Il sait que la relation qu'ils entretiennent
avec les bêtes, particulièrement les chiens, est totalement différente de celle
des blancs. Frank observe sans juger: le
Nord a sa propre culture, ses propres mœurs.
Comme l'espérait la
jeune femme, le chien qui n'était encore qu'un bébé vola la vedette. Frank le cajola, puis joua avec lui une
partie de la soirée jusqu'à ce que, fourbu, le chiot s'endorme sur ses
genoux. Son amie n'avait plus qu'à jouer
le dernier acte: convaincre Frank d'adopter la petite bête. Malgré ses appréhensions, ce fut chose
relativement facile puisque Frank et la boule de poils tombèrent mutuellement
amoureux. Ce soir-là, le jeune homme d'à
peine 25 ans et la petite chienne qu'il baptisa Lola commencèrent une nouvelle
vie qui s'annonçait heureuse.
Les mois passèrent et
Lola grandit, devenant une chienne enjouée et exubérante. Avec sa fourrure mince et son statut de
princesse, elle dormait à l'intérieur, choyée.
Pour lui faire dépenser son énergie débordante, Frank l'amenait
régulièrement faire de longues promenades sur la plage de la rivière Koksoak.
Mais un jour, alors
que Frank l'avait attachée à l'extérieur, elle cassa sa chaine et s'élança
droit devant, pleine d'enthousiasme et d'insouciance. Pour sa première fugue, Lola n'eut pas de
chance: au même moment, une voiture
s'engagea dans la rue et la heurta.
Alerté par les cris, Frank accourut et trouva la chienne grièvement
blessée: la peau de son crâne était fendue et elle avait des fractures aux 2
pattes, dont 1 ouverte.
Tout alla ensuite très
vite. Frank réussit à rejoindre un
vétérinaire dont le bureau était à proximité de l'aéroport
Pierre-Elliot-Trudeau et qui accepta de recevoir Lola en urgence. Il trouva une grande cage et demanda à une
amie qui s'apprêtait à prendre le prochain vol de First Air vers Montréal,
d'apporter Lola avec elle. D'autres amis
allaient ensuite transporter la cage de
Dorval à la clinique.
Frank déboursa près de
$2000 en honoraires et en frais de transport pour faire soigner Lola. Chaque jour, pendant 1 mois, il dut changer
les pansements et administrer des antibiotiques à son chien.

Lola s'est
complètement remise de ses blessures et, à voir ses débordements de joie, elle
n'a gardé aucune séquelle de son accident.
Elle vit heureuse et comblée auprès de Frank et de Millie, l'amie qui
s'était chargée de son transport à Montréal.
S'il est vrai que le
sort des chiens errants est souvent cruel et sans issue, il arrive parfois que
certains croisent sur leur chemin un être qui transformera leur destinée.
Je souhaite à toutes
les Lola, un Frank sur leur route…